Au Sénégal, le débat sur la récupération des biens publics détournés ne cesse de gagner en intensité. À l’heure où la reddition des comptes et la transparence sont devenues des exigences populaires, une question centrale s’impose : que faire concrètement des milliards recouvrés à la suite des détournements de deniers publics ?
De l’indignation à l’action : l’enjeu de la réaffectation des fonds recouvrés.
Les enquêtes menées par les institutions de contrôle (OFNAC, Cour des Comptes, IGE, etc.) et les efforts de recouvrement de l’État ont permis de retrouver une partie significative des fonds détournés. Ces sommes – qui se chiffrent en dizaines voire centaines de milliards de francs CFA – ne doivent pas se dissoudre dans la masse budgétaire générale. Elles doivent servir à des projets visibles, concrets et à fort impact social.
Des priorités nationales claires : éducation, santé et équité territoriale.
- Construire des hôpitaux modernes dans toutes les régions.
Des centaines de Sénégalais meurent chaque année par manque d’accès rapide à des soins de qualité. Il est impératif d’utiliser les fonds récupérés pour :
- Construire un hôpital de référence par région, bien équipé, avec un plateau technique de niveau CHU.
- Réhabiliter et moderniser les structures de santé rurales, souvent vétustes et sous-dotées.
- Financer la formation et la spécialisation de jeunes médecins et infirmiers, pour assurer la présence de personnel qualifié sur tout le territoire.
- Réduire les inégalités scolaires : des écoles pour tous, partout.
L’éducation reste un levier fondamental pour lutter contre la pauvreté et bâtir un avenir prospère. L’utilisation des deniers recouvrés devrait permettre de :
- Construire des écoles primaires et secondaires dans les zones rurales oubliées par les politiques d’aménagement et eradiquer les abris provisoires autant que faire se peut a travers tout le pays.
- Équiper les établissements en matériel pédagogique numérique pour réduire la fracture numérique.
- Financer des internats publics pour les élèves issus de zones reculées, leur garantissant un hébergement digne et sécurisé.
Le Sénégal pourrait mettre en place un Fonds Souverain pour la Justice Sociale, alimenté exclusivement par les avoirs recouvrés issus de la corruption et des détournements. Ce fonds serait géré de manière transparente, avec une supervision citoyenne et parlementaire, et affecté uniquement à des projets structurants dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’eau potable, et de l’accès à l’énergie.
Toute politique de réutilisation des fonds recouvrés doit s’accompagner de :
- La publication périodique des montants récupérés, de leur origine, et des projets financés.
- La participation des collectivités locales dans l’identification des besoins prioritaires.
- La mise en place d’une plateforme numérique permettant aux citoyens de suivre, en temps réel, l’exécution des projets financés par ces ressources.
Récupérer les fonds détournés ne suffit pas. Il faut les transformer en victoires tangibles pour le peuple : une école là où il n’y en avait pas, un hôpital où l’on mourait faute de soins, une route où régnait l’isolement. C’est à cette condition que la lutte contre la corruption regagnera sa crédibilité et que les citoyens auront la preuve que justice peut rimer avec développement.
Moustapha Barry
Melbourne, Australie.


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