Au paradigme dominant s’invitent des paradigmes nouveaux que sont: la restauration de l’espoir; le renforcement de la cohésion nationale; la Souveraineté dans toutes ses dimensions; l’affirmation de la culture, de la transparence et de la justice
I. Une diplomatie concentrique pour un rayonnement maîtrisé
Dans un monde en mutation rapide, où les équilibres géopolitiques sont sans cesse réévalués, le Sénégal a choisi une diplomatie lucide, méthodique et souveraine. Cette stratégie repose sur une approche concentrique qui me rappelle la pensée stoïcienne de Hiérocles, revisitée par Ernest Burgess dans sa théorie urbaine, et actualisée par Simon Sinek dans une perspective de leadership — fondée sur des cercles d’influence graduels et ordonnés.
II. Une architecture diplomatique ascendante
Le déploiement diplomatique du Sénégal suit à présent une logique ascendante, allant de la proximité régionale vers l’influence globale :
- 1er cercle : Réconciliation et revitalisation des relations avec les voisins immédiats (Mauritanie, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée-Conakry).
- 2e cercle :Relance stratégique au sein du Conseil de l’Entente, avec une attention particulière portée aux États de l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger).
- 3e cercle :Réchauffement des relations avec certains pays de la CEMAC (Gabon, Congo…).
- 4e cercle :Renforcement des partenariats avec les pays arabes.
Une fois les cercles régionaux consolidés, le Sénégal entend intensifier ses relations avec les pôles d’influence mondiaux, et ce dans une logique de partenariats équilibrés. Les différents déplacements effectués dans plusieurs pays par le Président de la République et le Premier Ministre symbolisent la volonté du Sénégal de redéfinir ses partenariats stratégiques en les adossant aux priorités nationales. Les domaines visés étant ceux de la formation, de l’emploi, de l’innovation technologique et de la valorisation des ressources naturelles. La renégociation de différents contrats signés, antérieurement entre dans ce cadre
-L’Union européenne (avec une attention particulière à la France, partenaire traditionnel et longtemps privilégié) ;
-Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) en particulier l’Inde, qui a su investir massivement dans les STEM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques) : entre 1,5 et 2 millions d’étudiants indiens sont diplômés chaque année dans ces disciplines, offrant un modèle d’industrialisation numérique dont le Sénégal pourrait s’inspirer ;
-La Chine, par sa résilience, son sens de l’organisation, son attachement aux valeurs endogènes et son patriotisme. Cette puissance millénaire, bien éloignée de l’époque du dernier empereur Puyi, illustre une trajectoire de transformation exemplaire. Dès 1973, Alain Peyrefitte en soulignait le potentiel dans son ouvrage visionnaire ‘’Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera’’ ;
-Les pays du Golfe, le Maghreb (notamment le Maroc partenaire traditionnel), l’Amérique du Nord (le récent déplacement du Président de la République avec 4 chefs d’Etats Africains aux USA devrait ouvrir des perspectives intéressantes au Sénégal, dans différents domaines de la coopération économique et financière, notamment la poursuite des programmes du MCI, nouvelle structure qui pourrait se substituer à l’USAID supprimé) et du Sud, l’Asie et le Moyen-Orient figurent parmi les axes prioritaires.
Cette dynamique reflète une volonté de souveraineté multidimensionnelle, ancrée dans les réalités mouvantes du monde contemporain.
On retrouve ici l’inspiration des idées développées par Cheikh Anta Diop dans Nations nègres et culture (1954) : bâtir une Afrique souveraine, prospère, éclairée, où les sciences et la spiritualité se conjuguent harmonieusement.
La diplomatie concentrique ainsi décrite ne vise pas une présence discontinue sur la scène internationale. Elle doit constituer un puissant levier stratégique et économique, Le philosophe anglais Adam Smith parlait de la richesse des nations, j’y ajouterais « la séduction des nations », pour consolider, de manière systématique et systémique, l’attractivité de notre économie à l’Investissement productif, aux échanges multiformes.
III. La Vitesse comme levier stratégique
Dans le tempo effréné des nations modernes, la capacité à anticiper, s’adapter et se réinventer devient un facteur déterminant de puissance. Le Sénégal ne peut céder à l’immobilisme : il doit inscrire son action dans une dynamique d’évaluation continue et d’ajustement agile, portée par une éthique de responsabilité collective.
Comme le soulignait le romancier français André Maurois, «Un monde ou pas de monde, voilà notre dilemme. Ou nous travaillerons conjointement, ou nous serons atomisés séparément ». Et comme l’enseignait Feu mon grand-père Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh (Radiallahu anhu) dans une sagesse toujours actuelle : « Lorsque vous entrez dans une pirogue avec votre colis, priez que la pirogue ne chavire pas ». Cette injonction à la vigilance solidaire illustre l’impératif de préserver notre « Gaal national ».
IV. Préserver le capital, valoriser l’héritage
Le Sénégal possède des atouts stratégiques remarquables:
- Une cohésion sociale solide, épargnée par des clivages ethniques ou religieux.
- Une tradition du dialogue politique, social et interreligieux, soutenue par des médiateurs légitimes.
- Une démocratie stable, fondée sur le pluralisme et la tolérance.
- Une vigilance citoyenne affirmée.
- Des ressources humaines de haut niveau, présentes dans de grandes organisations internationales (SNU, Banque mondiale, FMI, BAD, CEDEAO, etc.), dans les multinationales et les centres de recherche.
Ce capital ne saurait être tenu pour acquis. Il exige d’être constamment renouvelé par l’innovation, la critique constructive et l’engagement collectif. Le Sénégal dispose d’importantes ressources minières, pétrolières, gazières, minérales, halieutiques, touristiques, agricoles, d’immenses terres Arabes sous exploitées qui offrent des perspectives intéressantes en matière d’industrialisation, de transfert de savoir-faire, de génération de ressources budgétaires stables, de création d’emplois décents, de création d’entreprises performantes, de réduction exponentielle du coût des facteurs de production (énergie notamment), d’impact sur l’équilibre financier de la Caisse de Sécurité Sociale et des Institutions de Prévoyance sociale (l’IPRES, CSS, IPM), de lutte contre l’exode rurale et l’immigration irrégulière.
Toutefois, ce potentiel devra s’appuyer sur un secteur privé national fort car soutenu par l’Etat dans une logique de partenariat public-privé de bon aloi, d’instauration de la préférence nationale dans les marchés publics, avec une politique cohérente et transparente de création de champions locaux, à l’instar des Dragons Asiatiques. Ainsi, il sera possible d’augmenter les anticipations optimistes des chefs d’entreprises Sénégalais.
V. Pour un État stratège, agile et économe
Dans un monde où l’inaction coûte plus cher que l’action, l’État doit se réinventer. Cela suppose une administration de développement, (à l’opposé d’une administration de commandement symbole de l’état jacobin), une administration républicaine, moderne, adossées à une forte digitalisation, portée par une technostructure (terme défini par John Kenneth Galbraith) qualifiée et efficace. Cette réinvention suppose de:
- Piloter des politiques publiques claires et efficientes ;
- Mobiliser les ressources avec rigueur et transparence ;
- Instaurer une culture du suivi-évaluation ;
- Agir avec souplesse tout en restant fidèle aux principes fondamentaux ;
- Mobiliser les intelligences locales ;
- Promouvoir l’intelligence collective et la culture de l’excellence ;
- Instaurer de nouveaux rapports État-citoyens et des comportements vertueux ;
- S’adapter en permanence sur les plans stratégiques, administratifs, juridiques et opérationnels.
Après les différentes crises qui ont frappé l’économie Sénégalaise (cycle de sécheresses, flambée des prix du pétrole, détoriation des termes de l’échange…) Dès 1979, le Sénégal a fait l’expérience de plusieurs plans (Plan de stabilisation 1979, Plan de redressement économique et financier 1980, Plan d’ajustement structurel 1985, Plan Sakho-Loutim 1993, DSRP 1 2003, DSRP 2 2006, PSE 2014), cependant certains de ces plans sous l’injonction des institutions de Bretton Woods avaient pour objectif de mettre en place des instruments drastiques d’ajustement structurels (1979 à 1985) qui ont conduits à la fermeture et la liquidation d’une trentaine d’entreprises, tous secteurs confondus: Banques et établissements financiers (BNDS, SOFISEDIC, USB, SONABANQUE, SONAGA…), entreprises de développent rural (ONCAD, CPSP, SODEVA, SOMIVAC, STN…), entreprises évoluant dans divers secteurs (énergies solaires ‘’ la SINAES A.D.’’, études ‘’ SONEPI et SONED’’, forage ‘’SONAFOR’’, distribution ‘’SONADIS’’, SISAC GARDELLA…), avec comme corollaires des licenciements massifs de travailleurs alors que les dirigeants responsables de cette mauvaise gouvernance étaient saufs. Le secteur public n’a pas été en reste avec une vague « de départs négociés », la création du concept de « M.O.S.A » (agents Maintenus sous Ordre et Sans Affectation), la création d’une Cellule de Contrôle des Effectifs et de la Masse Salariale pilotée depuis le Secrétariat Général de la Présidence de la République. En résumé, un climat délétère qui amenaient les dirigeants des organisations de travailleurs de l’époque à déclarer non sans ironie que « partout où le PAS (Plan d’Ajustement Structurel) passe, le Travailleur trépasse ».
A côté de ces fermetures d’entreprises, on notera les effets pernicieux et durables de deux politiques non maitrisées: la Nouvelle Politique Agricole (NPA), la Nouvelle Politique Industrielle (NPI) qui a conduit à la destruction du tissu industrielle sur une période très longue (SIV, SOTIBA), ou la disparition de certaines (BATA), ou la longue descente aux enfers d’autres (CAFAL, SIGELEC, NSTS). Deux fleurons de l’économie Sénégalaise n’ont pu échapper à cette situation, nonobstant plusieurs restructurations et cessions d’actifs tant physique que financier: les ICS et la SONACOS. On ne peut éluder le cas tout particulier de la Sn la poste qui, pour différentes raisons, vit sous l’œil du cyclone depuis plusieurs décennies.
VI. Un plan de redressement à la hauteur des défis.
A l’heure où l’expertise Sénégalaise est valorisée:
Déjà à la publication du fameux rapport de la Cour des Comptes sur la situation des finances publiques, je rédigeais le 19 Février 2025, une note dans laquelle j’indiquais qu’il fallait sans délit aller vers un Plan de Redressement Economique et Financier (PREF) qui permettrait d’assainir les finances publiques et d’organiser la relance durable de l’économie. Ainsi, j’indiquais qu’il fallait à tout prix éviter de parler d’ajustement structurel au regard des traumatismes subis par les populations, les entreprises, les travailleurs et je concluais ma réflexion en ces termes: « on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu ».
J’y ajoutais que dans le sillage du plan Sakho Loum et de la dévaluation du FCFA, on avait mis en place
-Un Comité gouvernemental de suivi de la dévaluation présidé par le Premier Ministre d’alors
-Un comité Tripartite de Gestion de la dévaluation présidé par le Ministre de l’Economie d’alors.
C’est pourquoi je suis particulièrement heureux lorsque j’ai entendu le premier ministre annoncé la publication prochaine d’un PREF. Après l’adoption du ‘’référentiel Sénégal 2050 agenda national de transformation’’, qui offre un cadrage stratégique et macro-économique structuré, le deuxième pacte de Stabilité Social dénommé Pacte National de Stabilité Sociale pour une croissance inclusive et durable vient d’être signer et devrait jouer un rôle important dans la consolidation du dialogue social, un Plan de Redressement Economique et Financier (PREF) va intervenir lui aussi concocté par des experts Sénégalais. Un tel plan ne saurait dépendre d’injonctions externes, comme celles des institutions de Bretton Woods. Il doit être approprié, compris et soutenu par la majorité des citoyens, notamment les forces vives de la nation.
Il convient, ici, de tirer, avec courage et lucidité les leçons dans la conception et la mise en œuvre des plans de stabilisation, de relance et d’ajustement structurel du passé, pour construire une stratégie réellement souveraine, fondée sur l’intérêt général et qui offre de réelles perspectives de génération d’emplois, de revenus décents, de protection sociale élargie et de souveraineté alimentaire. A cet effet, on devra anticiper les ruptures et non les subir, ce qui devrait nous éloigner d’un paradigme dominant en France où lorsque j’étais étudiant, mon professeur de droit constitutionnel nous répétait souvent : « il y a autant de Français que de sujets de contestation ».
Dans notre démarche de promotion des valeurs, il faudra écrire en lettre d’or la culture de la Patience (le Coran ne nous enseigne-t’-il pas que la ‘’…la Patience est l’arme du Croyant).
VII. Conclusion: restaurer l’Espoir, incarner la Souveraineté
Alors que les moins de 35 ans constituent désormais 75 % des résidents sénégalais (source : ANSD, 2023), cette réalité démographique ne doit plus être perçue comme un fardeau, mais comme le levier principal d’une transformation nationale. Elle constitue une réserve d’énergie, de créativité et d’innovation qu’il faut canaliser vers le progrès.
C’est en mobilisant cette force à travers une gouvernance responsable, une citoyenneté active, et une diplomatie visionnaire, que le Sénégal pourra bâtir une prospérité partagée fondée sur la justice, l’égalité en droit et en devoir, le respect mutuel et la souveraineté assumée. S’y ajoute l’impérieuse nécessité d’asseoir une exploitation responsable de nos ressources naturelles, pour passer d’une économie d’appoint à une économie de transformation systémique. Depuis 1 an, l’évolution remarquable et encourageante de la gouvernance de la Cité, les réformes subséquentes conduites à travers les nouvelles politiques publiques, l’amélioration continue de divers indicateurs synthétiques (perception de la corruption, diminution des importations de 0,6% soit 7161,4 milliards FCFA, augmentation des exportations de 21,3% soit 3909,1 milliards FCFA (Source : APAnews), attention accrue au rôle du secteur privé national, offrent de réelles perspectives pour inverser les tendances lourdes qui nous avaient conduits vers une économie extravertie persistante.
Dakar, le 15 juillet 2025
Par Pape Béye, Paibrahimabeye@gmail.com
-Spécialiste des politiques d’emploi, de formation, de promotion du secteur privé, de dialogue social et de protection sociale
-Auteur du premier pacte social du Sénégal (dénommé Pacte National de Stabilité Sociale et d’Emergence Economique)
-Ancien membre des conseils d’administration de la Sonatel, du Port Autonome de Dakar, de la caisse de Sécurité Sociale et de l’Organisation Internationale du Travail (OIT)
-Ancien professeur au CESAG de Dakar
-Ancien trésorier du CNG de Football, Chevalier dans l’ordre national du Lion
POST-structum: A la suite de cette humble contribution, Inshallah, je souhaiterais revenir sur des thèmes: la place et le rôle du secteur privé, la Politique du football, la Politique Agricole, la Politique Industielle dans la nouvelle stratégie de développement économique et social du Sénégal.


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