La corruption des critères d’évaluation de la valeur des hommes

11 septembre 2026 | 0 commentaire

À la suite de notre article, intitulé « Théorie éducative contre la passion de l’argent et l’envie », publié le 15 juillet 2026, nous avons pensé qu’il est utile, dans le cadre de notre modeste contribution à la conscientisation des citoyens, pour un changement des mentalités ou un retour vers Dieu, que nous partagions avec vous un extrait de notre Livre 3 sur la crise morale au Sénégal, bâti autour d’une « Lettre ouverte aux guide religieux », et où, dans la troisième partie (III.) d’un des cinq (5) dossiers attachés à la lettre et intitulé « Une croyance inhibitrice, des messages divins à décoder et les relations qu’entretiennent les guides religieux », nous avons abordé: « La corruption des critères d’évaluation de la valeur des Hommes » qui constitue le titre de cet article. Ceux qui ont acquis le livre, publié par l’Harmattan en août 2023, trouverons dans les pages 216 à 221 l’extrait in extenso qui va suivre.

III.1. CRITERES D’EVALUATION DES SÉNÉGALAIS

Au Sénégal, le fondement des rapports sociaux a été corrompu et le respect, la considération que beaucoup de sénégalais accordent à leurs compatriotes sont fonction principalement des richesses matérielles acquises ou du pouvoir détenu ; pouvoir et avoirs étant paradoxalement intimement liés du fait des accaparements, de la corruption et des vols sous toutes leurs formes, facilités par l’exercice du pouvoir.

Ces détenteurs du pouvoir politique qui, pour renforcer leur enrichissement personnel par des enrichissements abusifs d’hommes d’affaires conciliants ou de chefs d’entreprises créées dès leur arrivée au pouvoir (marchés par entente directe ; blanchiment des fonds détournés) transforment du jour au lendemain d’illustres inconnus ou des agents économiques de seconde zone en « hommes importants » immensément riches, capables d’entretenir de nouveaux rapports avec les autorités religieuses et perçus différemment par une « masse » de sénégalais.

Des sénégalais qui vont mettre de côté le passé et toutes les faiblesses même d’ordre moral de ces nouveaux riches et / ou puissants vont user de tous les moyens, souvent les plus indignes et honteux pour entrer dans les bonnes grâces de ces hommes et accepter d’être réduits à des « quasi-esclaves ». Pourtant, ces sénégalais qui changent le regard qu’ils portent sur les hommes en fonction de l’évolution de leurs avoirs, savent pertinemment que l’écrasante majorité des nouveaux riches ont acquis illicitement leurs « avoirs8 » par la politique et le vol sous toutes ses formes, en causant des préjudices à l’Etat personne morale et à des citoyens, victimes collatérales, dont les besoins primaires ne seront pas satisfaits du fait de l’importance des accaparements égoïstes dont une minorité est coupable.

Si ce critère fondé sur les avoirs et le pouvoir se renforce c’est parce que trop de sénégalais ne considèrent plus le vol sous toutes ses formes comme un mal et pensent que l’argent se gagne, moins comme la contrepartie d’un travail accompli honnêtement mais plus comme le résultat d’arrangements, de malversations, de combines, de magouilles et de négociations souvent sur le dos des communautés et de l’État (personnes morales) dont le droit à une gestion vertueuse de leurs biens est bafoué.

Quelle serait aux yeux des sénégalais la valeur du Prophète, s’il était jugé en fonction de ses richesses, lui qui, à sa mort n’a rien laissé à sa seule héritière ? Pour le parfait modèle des musulmans, dont l’immensité des œuvres n’a pas eu d’égale depuis sa mort et n’aura plus d’égale au monde, son pouvoir n’avait rien à voir avec ses richesses ; il n’avait pas profité de son pouvoir pour s’enrichir. Parce que Dieu a voulu qu’il soit le parfait exemple de leader désintéressé, patriote, humble et d’une haute humilité, il a vécu humblement et modestement.

Il doit inspirer tous les cadres musulmans voulant faire avancer leur pays à la vitesse que devrait permettre une gestion vertueuse des ressources dont disposent ces pays. Il doit aussi servir concrètement de modèle pour toutes les autorités religieuses, non pas pour qu’elles ne laissent rien à leur héritiers, mais pour qu’elles fassent preuve de tempérance dans leur enrichissement personnel qui doit être différent de celui de la Communauté à la tête de laquelle elles se trouvent et pour qu’elles puissent être guidées non par cet esprit de concurrence dans la captation des ressources de l’État, mais par un esprit de justice sociale qui les aiderait à considérer les besoins des autres communautés, des sénégalais les plus défavorisés et à penser aux problèmes récurrents que rencontrent les systèmes de l’éducation (abris provisoires, manque d’eau, d’électricité et de latrines dans les écoles), de la santé (insuffisance des structures sanitaires et déficit en personnel de santé) et de la sécurité (insuffisance des effectifs et des infrastructures de la Police et de la Gendarmerie) pour refuser certaines aides financières ou investissements des autorités étatiques, très souvent mus par des calculs politiciens et pouvoir être de bons conseillers dans le domaine des priorisations, en fonction d’une vue globale d’un pays où les égoïsmes individuels ou communautaires doivent être minimisés.

Les croyants sénégalais doivent savoir que la richesse n’est pas seulement financière. Elle porte aussi particulièrement sur la santé, la capacité à parler, à se mouvoir librement, à manger, à sourire, à défendre librement ses idées, ses croyances religieuses et philosophiques. Cette richesse immatérielle, mais sans égale, plafonne pour ceux dont la probité, l’intégrité et le travail ou l’honnête acquisition de biens ont pu aider à pouvoir satisfaire de manière autonome leurs besoins essentiels et sauvegarder leur liberté de parole pour participer au combat pour la victoire du bien sur le mal, c’est-à-dire notamment de la victoire de la justice, de l’équité, de la droiture et de la sincérité sur l’injustice, l’iniquité, la tortuosité et le mensonge avec ses vices connexes (hypocrisie, calomnie, médisance, flagornerie,…).

Autrement dit les sénégalais doivent changer le regard qu’ils portent sur les richesses matérielles et financières et que, dans toutes les communautés et au niveau de tous les organes étatiques, le culte du travail, de l’excellence et du mérite soit institué afin que les citoyens les plus vertueux, les plus engagés au service désintéressé de leur communauté, de leur pays soient identifiés, honorés et donnés en exemples principalement aux jeunes qui auront en charge le destin de leur pays.

Il faudrait dans ce sens que les scientifiques et les techniciens dans tous les domaines ainsi que les agents de l’éducation nationale et de l’enseignement de l’éthique religieuse qui font ou qui feront avancer résolument le Sénégal, prennent plus d’importance que les amuseurs et les professionnels de la politique qui ruinent le pays, et soient les principaux destinataires des services et des honneurs que rend la République, car c’est parmi eux que l’État doit choisir ceux qui prioritairement seront donnés en exemple aux jeunes.

Seuls ceux qui amusent ou qui aident à la détente (qui est indispensable) en éduquant sans jamais être grossiers ou impudiques sont dignes d’être soutenus par l’État. Cela serait d’ailleurs un des éléments de toute stratégie de lutte contre le fléchissement des valeurs morales car il va créer une saine émulation et pousser beaucoup de sénégalais à acquérir l’amour de la commission de bonnes œuvres, du patriotisme, de la tempérance dans la recherche des avoirs dans la droiture, c’est-à-dire dans l’ancrage dans ce « droit chemin » dans lequel les musulmans demandent dans chaque séquence de leur prière à Dieu de les guider. Alors les sénégalais pourront se remettre à évaluer la valeur des hommes à l’aune des valeurs, des qualités et des vertus dont l’acquisition est appréciée et recherchée. Ils pourront alors adopter les mêmes critères d’évaluation de Dieu.

III.2. CRITERES D’EVALUATION D’ALLAH LE TOUT PUISSANT

Tous les croyants savent que les apparences, les richesses, le pouvoir ne sont pas auprès de Dieu des critères d’évaluation de la valeur d’un homme. Le Prophète Muhammad en est une parfaite illustration. Cette valeur dépend exclusivement de la capacité de l’Homme à s’ancrer dans le « droit chemin », de son degré de piété, des qualités morales et des vertus dont il est porteur et de l’importance de ses bonnes œuvres. Il est bien vrai que si les richesses licitement acquises et le pouvoir sont exclusivement utilisés pour servir et faire de bonnes œuvres, ceux que Dieu en a gratifiés seront « comblés de bienfaits » mais s’ils sont employés pour « les œuvres de la chair » alors ils constituent une source de déchéance pour le possesseur. Malheureusement les sénégalais ont tendance à estimer ceux qui, ayant acquis licitement ou illicitement leurs avoirs, les dépensent ostensiblement dans des futilités au moment où leurs « frères en Dieu ou en religion » souffrent dans un dénuement dégradant.

C’est pourquoi, il nous parait important de partager les paroles ci-dessous que l’Apôtre Paul a adressées aux Galates : « Je dis donc : Marchez selon l’Esprit, et vous n’accomplirez pas les désirs de la chair. Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair ; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez. (…). Or, les œuvres de la chair sont manifestes, ce sont l’impudicité, l’impureté, la dissolution, l’idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes, l’envie, l’ivrognerie, les excès de table et les choses semblables. Je vous dis d’avance, comme je l’ai déjà dit, que ceux qui commettent de telles choses n’hériteront point le royaume de Dieu. Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance ; la loi n’est pas contre ces choses. » (Épitre de Paul aux Galates (Ga) 5 : 16, 17, 19-23)

D’après Sahl (Da), un homme riche passa devant le Messager de Dieu (PSDL) qui dit à ses compagnons : « Que dites-vous au sujet de cet homme ? » Ils répondirent : « S’il demande la main d’une fille en mariage, on doit la lui donner, s’il intercède en faveur de quelqu’un, son intercession doit être acceptée aussi ; et quand il parlera on lui obéira ». Le Messager de Dieu (PSDL) garda le silence et un homme indigent parmi les musulmans vint à passer et le Messager de Dieu (PSDL) leur demanda : « Que pensez-vous de cet homme ? » Ils répondirent : « S’il demande la main d’une fille en mariage, personne n’acceptera de la lui donner, s’il intercède pour quelqu’un, son intercession ne sera pas acceptée et s’il parle, personne ne l’écoutera ». Le Messager de Dieu (PSDL) dit alors : « Cet homme pauvre vaut toute la terre remplie de gens semblables au premier » (Hadith 1836/S.B. 5091). Et d’’après ‘Imrâne Ibn Houssayn (Da), le Prophète (PSDL) a dit : « J’ai regardé vers le Paradis et j’ai vu que la majorité de ses habitants était constituée de pauvres ; …». (Hadith 1372/S.B. 3241).

La valeur d’un être humain auprès de Dieu ne dépend donc pas de son apparence, de ses richesses, de ses beaux habits, de ses véhicules, des immeubles qu’il a pu amasser et de la belle vie terrestre qu’il mène. « Les meilleurs parmi vous (les musulmans) sont ceux qui apprennent le Coran et qui l’enseignent aux autres » (Hadith 1817/S.B. 5027). Il importe cependant de comprendre qu’il est sous-entendu qu’ils appliquent aussi dans leur vie de tous les jours l’ensemble des prescriptions coraniques qu’ils enseignent.

L’appréciation de la valeur d’un homme devant Dieu dépend de ce qu’il a dans son cœur et de son comportement envers Dieu, envers son Prophète, envers lui-même, envers les autres personnes physiques et morales, envers l’environnement et les utilités communes. « Celui qui enseigne le bien sans le pratiquer et le leader qui, devant ceux dont il est le « berger », théorise hypocritement sur la droiture, sur l’intégrité morale, sur l’honnêteté tout en demeurant cupide sont comparables à la mèche qui éclaire les gens et se consume elle-même » (Hadith rapporté par Al-Tabarani). Il est dit par ailleurs : « Ne souhaitez pas ressembler à personne sauf dans deux cas : celui d’un homme à qui Dieu a donné des richesses qu’il dépense dans la bonne voie de la vérité et le cas d’un homme à qui Dieu a donné la Sagesse qu’il met en pratique et qu’il prône aux autres. » (Hadith 66/S.B. 73). Il ne suffit donc pas d’apprendre et d’enseigner le Coran mais de pratiquer la sagesse que procure la maitrise du Coran et d’aider les autres à en faire de même ou de « se servir du savoir que Dieu vous a donné pour régler les conflits qui surgissent entre les gens » et contribuer au développement personnel des autres.

En définitive, suivant les critères du Seigneur, la valeur d’un homme dépend de la manière dont il est porteur des nobles caractères ; des efforts qu’il fait pour contribuer à la victoire du bien sous toutes ses formes sur le mal sous tous ses aspects ; de son degré d’engagement dans la réalisation des bonnes œuvres par l’usage de sa personne, de ses biens, de son autorité et de son savoir ; des efforts qu’il fait pour éviter les turpitudes et autres péchés comme les paroles sans actes et le mutisme coupable surtout quand il fait partie de ceux qui ont, du fait de l’autorité dont Dieu les a pourvue, le devoir d’ordonner ou de recommander le convenable et d’interdire ou de condamner le blâmable dans leur Communauté et en direction des autorités étatiques.

Parmi les bonnes œuvres, il y aurait notamment le fait d’aider les autres à purifier leur âme, à développer leur spiritualité, à renforcer leurs aptitudes fonctionnelles attachées au rang qu’ils occupent dans la société ; de contribuer à l’avènement de la bonne gouvernance par des recommandations et des condamnations dans le cadre du contrôle citoyen des actions publiques et de participer à la construction ou à la préservation de la paix, du bon ordre et de la cohésion sociale par des interventions dans la résolution des conflits et le soutien aux forces de défense et de sécurité.

Il importe d’avoir à l’esprit que l’objectif ultime que poursuivent l’Islam et le Christianisme est l’avènement d’une terre extirpée de tout péché. Le monde ne s’approchera de cet objectif que le jour où le Diable et ses soldats, parmi lesquels il y a surtout des Hommes dont les égos et les âmes charnelles rendent égoïstes et dépourvus d’amour véritable pour les autres et pour leur pays,seront quasiment neutralisés par les armes de l’Esprit qui sont la Parole de Dieu que les « véridiques », les « justes », les « pieux » et les « vrais croyants » aux premiers rangs desquels les autorités religieuses, doivent utiliser pour conscientiser ceux qui gouvernent, car le changement de mentalité de ces derniers est l’élément le plus déterminant dans la sortie du pays de la crise morale dans laquelle il est plongé depuis longtemps. Ce qui suppose une moralisation des rapports que lesdites autorités religieuses entretiennent avec les détenteurs des pouvoirs et des avoirs. » Fin de l’extrait in extenso !

NOTE DE L’EXTRAIT :

8 :  « Avoirs » : ce mot est préféré à « biens » car il ne nous semble pas judicieux de considérer comme des « biens » des choses acquises illicitement

Le 11 Septembre 2026
Colonel de Gendarmerie (er) Tabasky DIOUF

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