Blog > contribution

L’empire des illusions : quand le sexe, l’argent et la gloire asphyxient le Sénégal

30 septembre 2026 | 0 commentaire

On n'a pas besoin de mener une enquête sociologique poussée ou de procéder à une étude anthropologique pointue pour s'en apercevoir : le Sénégal, qui se targue pourtant d'être le creuset historique de valeurs cardinales — le ngoor (la dignité), le doylou (la suffisance) et le kersa (la pudeur) —, est aujourd'hui gangrené par une triple dérive. L’odeur infecte de la cupidité, la puanteur d’une hyper-sexualisation des mœurs et la primauté d’une gloire ostentatoire sont devenues les nouveaux repères d'une société en perte d'altitude. Sexe, argent et gloire : voilà le trio infernal qui hante désormais le sommeil de nos concitoyens.

Certes, notre pays n'est pas une exception mondiale en matière de dépravation morale ou de corruption éthique. Mais la vitesse supersonique avec laquelle le sens de l'honneur a déserté le paysage social, politique, économique et médiatique doit alerter les quelques rares sentinelles de la probité et faire craindre l'imminence d'un effondrement sociétal.

Du mirage de l'enrichissement à la déchéance morale

Du monde sportif à l'administration publique, du secteur des affaires aux milieux médiatiques, tous les compartiments de la société sénégalaise sont aujourd'hui emportés par cette course folle à l'enrichissement illicite pour sauver les apparences. L'appât du gain est devenu si vivace que la tromperie et l'escroquerie se sont banalisées. Les dorkaats et autres dioublangs redoublent d'ingéniosité perverse pour dépouiller d'honnêtes citoyens, d'anciens sportifs ou des membres de la diaspora ayant investi les économies d'une vie de labeur dans des projets immobiliers ou commerciaux.

Le symptôme le plus grave de cette névrose collective réside dans le fait que cette quête d'argent n'est plus l'apanage des nécessiteux. Elle touche désormais des personnalités publiques, des célébrités artistiques ou sportives, et même d'anciens parlementaires pourtant mis à l'abri du besoin par leur statut et leurs revenus. Voir des icônes de notre jeunesse basculer dans des affaires sordides de trafic de faux billets démontre une accumulation compulsive inquiétante. Comme le soulignait le philosophe Arthur Schopenhauer : « La richesse ressemble à l'eau de mer : plus on en boit, plus on a soif. »

Cette même vénalité ravage l'arène politique, transformée en un marché d'opportunités où l'éthique et les convictions se bradent au plus offrant. On y vend sa parole, ses principes et son honneur pour une nomination ou une position de pouvoir. En cela, la pensée de Confucius résonne avec une amère actualité : « L'homme de bien ne cherche que le juste ; l'homme de peu ne cherche que le profit. »

L’hyper-sexualisation : le poison insidieux des mœurs

Le second virus qui ronge notre peuple est celui d'une érotisation débridée du quotidien. La hausse vertigineuse des cas de viols, de pédophilie et d'adultères témoigne de l'inhibition progressive de notre conscience morale face à la pression médiatique. L'accès non régulé des jeunes aux contenus pornographiques sur les réseaux sociaux et la prolifération de productions audiovisuelles axées sur le voyeurisme déstructurent nos repères. Des séries télévisées aux titres évocateurs comme Infidèles ou Maîtresse d'un homme marié font désormais la promotion d'une mentalité libidinale affranchie de toute retenue.

Pire encore, la sexualité est devenue une arme d'anéantissement politique. L'affaire Adji Sarr - Ousmane Sonko est demeurée le symbole de cette instrumentalisation cynique du sujet sexuel à des fins de règlement de comptes au sommet de l'État. Parallèlement, dans le marketing culturel ou la publicité institutionnelle, le corps féminin est fréquemment chosifié, réduit au rang d'« aphrodisiaque commercial » destiné à capter l'attention de la clientèle.

La folie des grandeurs et le culte de l'apparence

Le désir irrésistible de gloire à tout prix parachève ce tableau. Chacun cherche à afficher une puissance financière ou statutaire, fut-elle artificielle, quitte à écraser son prochain. Cette arrogance s'observe chez une classe dirigeante qui traite parfois les citoyens en simple bétail électoral, tout comme chez une bourgeoisie financière adepte de l'exhibitionnisme lors de cérémonies familiales, de soirées mondaines ou de galas de lutte. Même le champ religieux n'échappe pas toujours à cette logique du « voyez-moi », où les dépenses somptuaires lors d'événements publics viennent remplacer la modestie et la modération enseignées par la foi.

Lorsque la cupidité supplante le mérite, c'est la structure même de la nation qui se fragilise. Comme le rappelait Jean-Jacques Rousseau : « On a de tout avec de l'argent, hormis des mœurs et des citoyens. » Il est grand temps que nos sentinelles morales, nos éducateurs et nos dirigeants prennent la mesure du péril. Une société viable et ambitieuse ne saurait se bâtir sur l'ostentation, le lucre et le mensonge, mais sur la dignité du travail, le respect de la parole donnée et l'exigence d'intégrité.

Ciré Aw

0 commentaire

Envoyer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *