Les hypocrites et les égarés

20 novembre 2025 | 0 commentaires

Parce que pour un musulman, suivre le « droit chemin » est un impératif, Dieu a imposé la récitation de la sourate de l’Ouverture (Al Fatiha) dans chaque séquence (« raaka ») de ses prières canoniques (5 dans la journée) et surérogatoires, afin notamment que le croyant ait toujours présent à l’esprit les exigences du cheminement dans le « droit chemin » et se forge la ferme volonté de se plier à ces exigences. Dans chaque unité de prière le musulman dit s’adressant à Dieu « C’est Toi Seul que nous adorons, et c’est Toi Seul dont nous implorons secours. Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés » (S 1 V 5-7). Dieu nous révèle donc dès la sourate de l’Ouverture que les égarés ne marchent pas dans le « droit chemin » et qu’un vrai musulman ne désire pas suivre le « chemin des égarés ».

Cet article est une contribution à la conscientisation des musulmans qui, parce qu’ils représentent environ 95 % de la population déterminent la conduite du Peuple sénégalais marquée actuellement par une crise des valeurs, pour l’éradication de laquelle tous les leaders doivent s’investir en répondant à l’appel du vénéré El Hadji Omar TALL qui avait dit : « Puissent-ils périr les dirigeants d’un pays qui ne s’emploieraient pas à changer la conduite de leur peuple ». Il s’articule autour de deux points : les hypocrites (I.) et les égarés (II.).

I.  LES HYPOCRITES

Le musulman qui chaque jour demande au moins dix-sept (17) fois à Dieu de le « guider dans le droit chemin, le chemin de ceux qu’Il a comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Sa colère, ni des égarés » sait que Dieu a dit qu’« Il n’a créé les djinns et les hommes que pour qu’ils L’adorent » (S 51 V 56) en s’évertuant à respecter scrupuleusement Ses commandements. Il sait aussi que Dieu « a certes créé l’homme pour une vie de lutte » (S 90 V 4) principalement celle contre soi-même pour demeurer maitre de ses instincts, de son égo ou de son âme charnelle pour éviter d’enfreindre sciemment Ses commandements et de se mettre ainsi délibérément en dehors du « droit chemin » ; qu’Il est le Seul Pourvoyeur, Dispensateur et Protecteur qui mérite qu’on l’adore et lui demande un secours (S 1 V 5), et  qu’Il veut que l’homme suive « la voie difficile » (S 90 V 10-18) qui est celle de « ceux qui croient et s’enjoignent mutuellement l’endurance, et s’enjoignent mutuellement la miséricorde ».

Le musulman sénégalais sait en outre que ceux qui croient » sont indiscutablement ceux qui luttent pour mécroire au Diable (« ennemi déclaré de l’homme ») et s’évertuent à respecter toutes les prescriptions divines de manière non sélective pour ne pas commettre délibérément ces péchés induits par les mauvaises œuvres ; que « l’endurance » qui commande une lutte permanente contre soi-même, pour résister aux tentations jouissives et éviter la commission de turpitudes, est requise pour pouvoir supporter toutes les épreuves (les manques, les pertes et les injustices) et demeurer ancré dans la « voie difficile », et qu’un  adage wolof qui dit « ndimbal na ca fekk loxol boroom » commande que ceux qui veulent être guidés par Dieu fassent des efforts pour éviter de transgresser sciemment Ses commandements.

Tout musulman qui demande si intensément à Dieu de le guider dans le droit chemin et qui se permet, entre les heures de prières si rapprochées, de commettre sciemment des infractions à la loi divine, en nourrissant délibérément ces vices qui ont corrompu les rapports sociaux (la déification des avoirs, des plaisirs et du pouvoir, le mensonge, l’égoïsme, l’injustice et l’iniquité ainsi que la méchanceté, la jalousie et l’envie, trop souvent opérationnalisées par des actes maléfiques comme le maraboutage) est un hypocrite, à moins qu’il ne soit un ignorant.

En effet, « l’ignorance est la mère de tous les vices » et quelqu’un qui prie sans savoir la signification et les exigences de ce qu’il dit dans cette interaction avec Dieu et qui n’a pas acquis la « science du bien et du mal » peut commettre de mauvais actes et bénéficier de la miséricorde du Pardonneur, qui par Son Omniscience sait qu’il a péché par ignorance. C’est pourquoi Dieu a fait de l’éducation, qui est le seul moyen permettant d’acquérir cette « science du bien et du mal », de savoir exactement ce que Dieu attend des Hommes et de se forger la ferme volonté de toujours bien se conduire, une obligation pour tous les leaders (familiaux, religieux, coutumiers, étatiques, …) qui sont des bergers pour ceux qui sont sous leur autorité. Ceci permet d’ailleurs de comprendre le fondement de l’appel du vénéré El Hadji Omar Tall susmentionné.

Principalement parce que nous avons trop de bergers qui ne sont pas des exemples de droiture et de patriotisme, la crise des valeurs se perpétue en s’approfondissant, et il apparait indiscutablement que l’importance des mauvaises œuvres ou des turpitudes, expressions de cette crise, est proportionnelle au nombre des hypocrites, des gens qui « ont encouru la colère d’Allah » et des « égarés » par les passions, qu’il y a au sein de la communauté musulmane.

II.        LES ÉGARÉS

Au-delà de ces « égarés » qui sont évoquées dans la « Sourate de l’Ouverture » (« Guide-nous dans le droit chemin, 7le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés ») et qui ne cheminent pas dans le « droit chemin », Dieu a tenu à nous faire savoir que nul n’étant parfait, tous les êtres humains, y compris donc les leaders étatiques et religieux, peuvent être égarés par la passion.

C’est pourquoi dans le verset 26 de la Sourate 38 du Coran, Dieu a mis en garde le grand prophète David, père de Salomon, le plus grand Roi de tous les temps, contre la passion qui égare en lui disant in extenso : « “Ô David, Nous avons fait de toi un calife sur la terre. Juge donc en toute équité parmi les gens et ne suis pas la passion : sinon elle t’égarera du sentir d’Allah”. Car ceux qui s’égarent du sentier d’Allah auront un dur châtiment pour avoir oublié le Jour des Comptes ».

Par ailleurs, s’adressant à tous les croyants, au travers du verset 135 de la Sourate 4, Dieu évoque les passions qui peuvent « faire dévier de la justice » qui est un des plus importants principes devant régir l’exercice du leadership ainsi que les rapports entre les hommes et entre les communautés humaines. Il a dit : « Ô les croyants ! Observez strictement la justice et soyez des témoins véridiques comme Allah l’ordonne, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos père et mère ou proches parents. Qu’il s’agisse d’un riche ou d’un besogneux, Allah a priorité sur eux deux et Il est plus connaisseur de leur intérêt que vous. Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice. Si vous portez un faux témoignage ou si vous le refusez, sachez qu’Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. »

En effet, faire preuve de justice et d’équité envers une personne morale ou physique c’est notamment ne pas poser volontairement un acte qui lui cause un préjudice. L’importance de ce principe de justice entre les hommes et les différentes communautés humaines est renforcée par ce que Dieu dit dans le verset 8 de la sourate 5 du Coran : « Ô les croyants ! Soyez stricts dans vos devoirs envers Allah et soyez des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. Et craignez Allah. Car Allah est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. »

Parmi les choses qui mènent à l’égarement nous retenons principalement l’intempérance dans la recherche des plaisirs, des avoirs et du pouvoir qui, dans un système de mal gouvernance, facilite les jouissances terrestres et les acquisitions illicites ; l’attente abusive de la miséricorde divine induite par la forte diffusion de prières et d’invocations effaceuses de péchés sans une indication des conditions de leur acceptation par Allah le Pardonneur (« science des préalables ») que nul ne peut contraindre ; les alliances avec les transgresseurs (ceux qui sont porteurs des vices qui ont corrompus les rapports sociaux) et la primauté accordée abusivement à des alliés politiques, des parents, des amis, des membres du même Corps ou de la même communauté, en totale opposition avec les principes de justice et d’équité qui veulent notamment que l’égalité devant la loi de tous les citoyens et leur égal accès aux services publiques soit effectifs, et que les faveurs, les positions et les places soient accordées en fonction de la valeur intrinsèque des individus.

Les égarés sont comme les hypocrites, des membres du parti du diable banni (Hizb al-Shaytan) dont la seule activité est de chercher à corrompre ou à tromper le maximum de fils d’Adam qui l’accompagneront en Enfer qui lui a été prédestiné. Les égarés sont globalement les « spirituellement malades » évoqués par le vénéré Cheikh Ahmadou Bamba, serviteur du Prophète Muhammad (PSL), dans son Traité de soufisme disponible dans le net, et qu’il a présenté comme un ouvrage capable de guérir ceux qui ont des maladies dans leurs cœurs ou qui sont en fait porteurs d’un ou de plusieurs des vices qui ont corrompus les rapports sociaux et parmi lesquels nous pouvons citer la déification des avoirs, des plaisirs et du pouvoir, le mensonge, l’hypocrisie, l’égoïsme, l’injustice et l’iniquité ainsi que la méchanceté, la jalousie et l’envie qui sont trop souvent opérationnalisées par des actes maléfiques tel que le maraboutage.

Les égarés sont particulièrement ceux qui « dénaturent le sens des versets (le Coran) d’Allah » pour soutenir leurs turpitudes ou intérêts personnels ; ceux à qui Satan « a enjolivé la vie présente » et les a recrutés dans « sa cavalerie et son infanterie » ; les « libertins » et tous ceux qui « désirent labourer le champ de la présente vie » et à qui « Dieu accorde de ses jouissances mais qui n’auront pas de part dans l’au-delà » ; ceux qui « ont sur eux une colère d’Allah » pour avoir, « troqué la vie présente contre la vie future » ; les gaspilleurs, « frères des diables » et les autres ingrats qui « donnent à leur Seigneur des associés » et mettent à leur crédit « Ses bienfaits » ; ceux qui, « trompés par la vie d’ici-bas », se sont « détournés du Rappel de Dieu » et « prennent leur religion comme distraction et jeu » ; les dirigeants qui « sont emplis de violence (et d’injustice) envers » leur peuple ; ceux qui « complotent de mauvaises actions » contre les personnes physiques ou morales et leur causent sciemment des préjudices ; les « associateurs », « présomptueux plein de gloriole » « qui sont adorés avec leur consentement » ou qui, par la mystification et les promesses mensongers ont détrôné Dieu dans les cœurs de leurs disciples, et ceux qui s’allient avec les transgresseurs.

Ne pas s’allier avec les transgresseurs n’est pas antinomique avec le devoir d’interagir avec eux pour essayer, avec humilité et respect, et dans la limite de ses moyens ou possibilités, de les ramener dans le « droit chemin », comme le veut Dieu qui récompense les actions de sauvetage des âmes en perdition. Dieu ne guidant pas, ceux contre qui Il s’est courroucé et les égarés (S1 V 6 et 7), leurs prières ne servent à rien tant qu’ils ne se rendent pas compte de leurs mauvaises œuvres qui ont provoqué le courroux d’Allah ou de leur égarement, et se repentent sincèrement. C’est alors seulement que la prière devient le meilleur remède pour une totale guérison spirituelle car Allah répondra positivement à leurs demandes et les soutiendra dans le combat permanent qu’ils vont mener contre eux-mêmes pour s’ancrer irréversiblement dans le « droit chemin ».

Dès lors, il apparait que c’est un devoir pour tous les bons bergers et les Hommes pieux d’éduquer, de parler à la conscience  des Hommes en perdition (S 103 V 2 et 3) pour les pousser à la repentance sincère et les amener à intégrer le parti d’Allah (Hizb Allah)  qui est celui de ceux qui  se battent contre eux-mêmes pour ne jamais causer sciemment un  dommage à une personne physique ou morale (l’État, les Organismes employeurs et les Communautés d’appartenance), à l’environnement ou aux utilités communes(infrastructures et autres moyens par lesquels l’État assument ses charges) et qui, par la Parole de Dieu qui est amour, vérité, justice et équité, participent au « bon combat » afin que le bien prenne le dessus sur le mal dans tous les domaines, notamment dans la gestion des affaires publiques.

A cet effet, nos gouvernants, qui sont avec les guides religieux les principaux responsables de la santé morale des citoyens, doivent être convaincus du fait que notre société est marquée, pour ne pas dire gangrénée, par un nombre trop important de bergers hypocrites ou égarés et par trop de « leaders-croyants »qui ne sont pas des exemples de piété et de patriotisme, afin qu’ils décident de s’engager dans des opérations qui leur permettront de respecter leur obligation, quant à la conduite du peuple sénégalais, qui apparait clairement dans cet appel du vénéré El Hadji Omar Tall qui traversera tous les âges sans perdre de sa pertinence.

L’éducation et ses variantes que sont les opérations d’éveil des consciences étant universellement reconnues comme les seuls outils permettant de reformater, de réorienter ou de transformer les cœurs et les esprits, qui sont les sources des bonnes et des mauvaises œuvres humaines, c’est par elles que les gouvernants arriveront, à sortir les gens de leur égarement et de leur ignorance, afin de les pousser à la repentance sincère, de développer le sentiment patriotique de l’écrasante majorité des citoyens sénégalais, et de faire de la plupart des sénégalais des croyants dotés de la foi véridique. Ainsi, ils arriveront à changer la conduite du Peuple sénégalais en obtenant que la plupart des citoyens acquièrent : l’amour des vertus, des belles qualités et des « valeurs culturelles fondamentales qui constituent le ciment de l’unité nationale » et la haine de tous les vices et défauts qui ont corrompu les rapports sociaux.

Tel est le combat dans lequel les gouvernants doivent s’engager prioritairement, car il est évident que sans une conduite vertueuse et patriotique du Peuple sénégalais, ils ne pourront pas optimiser la vitesse d’évolution vers une « Nation souveraine, juste, prospère et ancrée dans des valeurs fortes ».

C’est dans ce sens que s’inscrit le lancement d’une « campagne de conscientisation pour un sursaut de patriotisme et de retour vers Dieu » que nous avons recommandé dans notre article intitulé « L’après « Tera meeting » : un tournant décisif » et que nous envisageons de développer dans un prochain article.

Dakar, le 20 novembre 2025

Colonel(er) Tabasky DIOUF
Grand officier de l’ordre national du lion et commandeur de l’ordre du mérite
Membre fondateur de l’Initiative citoyenne « Jog Ngir Senegaal »

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